LA FRENCH (KISS) THEORY : PUNCHLINES PRÉLIMINAIRES N°1

41365742_2639785132912744_2194808724403519488_nFrench Kiss Theory (néologisme du dimanche).

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Rupture.

-Il y aura encore quelque chose entre nous ?Oui, de la distance.

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Flirt inconséquent.

-Tu es un beau parleur.Oui, j’ai bien l’impression, avec toi j’ai beau parler.

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Fruste kamasutra.

-Ta position la plus fréquente avec elle ? -La position assise.

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Initiative solitaire.

En matière de rapports sexuels, j’ai toujours eu la main. 

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Simulation.

Il faut bien que l’homme dissimule, puisque la femme simule.

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Beauté relative.

-Tu sais, quand vous êtes à côté, ça fait un peu La Belle et la Bête.
-Je ne savais pas que tu me trouvais si beau.

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MES PETITES AMOUREUSES PLATONIQUES : AU TRIBUNAL DES JEUNES FILLES QUI SE CRURENT LAIDES

masculin-fémininChantal Goya in Masculin/Féminin (1966).

Laissez venir à moi les jeunes filles frêles
Qui charmèrent mon âme de leurs blanches candeurs.
Celles qui m’ont compris, qu’elles viennent et posent
À ma lèvre un sourire attristé et la rose
De leur bouche entrouverte et pareille en beauté
À quelque fruit de rêve et mûr au mois de mai.

(Prière pour être aimé des jeunes filles, Francis Jammes)

*

Au tribunal des jeunes filles laides de mon enfance, je plaide non-coupable et leur déclare enfin ma flamme :

 » Exquises laiderons de mon enfance, mes petites amoureuses, c’est dire combien la mue vous sied. Car moi : crapaud, bouffon, souffre-douleur. Et vous : Lolitas cérébrales, parias à couettes, binoclardes en chignon, vous eûtes des cerveaux flamboyants et des yeux pétillants pour les sévices (pervers) de mon enfance dans le brasier platonisant de ma libido. Et combien je regrette de n’avoir pas osé, vous adresser de lettres enflammées et de bouquets de roses, de mots doux et de baisers secrets, pour consoler vos coeurs meurtris à l’unisson du mien. Combien d’acuité fallait-il pour percevoir, comme moi, sous votre carapace de lunettes et d’acnée, et votre démarche voûté, la princesse délectable que vous étiez en passe de devenir ; et il m’aurait fallu vous ceindre de fleurs avant que vous ne deveniez la lumière intense à l’incandescence de laquelle mes ailes d’Icare et de cire ne cesseraient de se consumer. Il y eut Ronsard qui disait à vos rivales : quand vous serez bien vieilles, et il aurait pu chanter combien l’âge vous rendraitmeilleures qu’elles. Mon contingent imaginaire, vous, braves petits laiderons, rejetés, exclus, moqués, parias, comme moi, entameraient leur mue, pour devenir de larves honnies et mal-aimées : papillons. « 

**

J’aurais voulu vous dire, vous qui étiez si laide, sachez que je vois, dans votre voix stridente, dans votre nez mesquin, dans votre visage crispé de bonne élève, et dans la timidité de chacun de vos gestes, tantôt l’ampleur et tantôt la patience de vos métamorphoses ; et je savais combien, en moi-même, vous deviendrez de astres, pour le cœur et pour le martyr de vos amants. Et vous jouiriez enfin de la la place qui vous sied, femmes plus belles d’avoir compris ce que c’est d’être laide. Adieu les splendides jeunes filles, qui arguaient de la facilité déconcertante de leur puberté dans la clémence relative de leur jean slim et les froufrous des jupes courtes ; vous êtes devenus ce que vous n’étiez pas ; vous étiez aveugle, et vous avez désormais dans cette obscurité l’acuité d’une Diane chasseresse, vos étiez sourde et vous entendez maintenant parfaitement les frissons imperceptibles du désir, vous étiez parfaitement guindées et vous avez appris l’art, la manière et la chorégraphie de la pudeur. Le privilège de la pudeur, ce privilège exquis des femmes qui se crurent laides.  J’ai tant appris de votre laideur pour définir la mienne; et je n’aurais pas su être arguer de ma laideur sans l’éducation que votre observation patiente m’a prodigué.

***

Et vous m’avez appris des limbes de l’amour la beauté fugitive, de l’exil le prix de la reconnaissance, de l’indifférence, la mépris des princesse et la morgue de reines.

Et je voudrais toutes vous épouser ; parce que je devine sous vos traits, ceux d’une jeune fille laide et éplorée, la soeur du petit crapaud que j’étais, et je sens la sève des baisers monter aux lèvres. Extirpez de vos chrysalides, les corps galbés et plantureux des muses,  Euterpe, Melpomène, Terpsichore, et consoeurs, et rejoignez le cortège nubile et riant des filles en fleurs qui se crurent laides.

Peut-être que mon imagination tropicale a fait fondre le marbre ingrat dans lequel vos galbes et votre silhouette se détachent désormais, à l’orée du désir. Par un paradoxe indigent, il m’arrivait de croire que si ce monde ici-bas ne suffisait pas, le monde de la création me permettrait de compenser cette atroce langueur et ce désespoir languissant qui étreignait mon coeur d’enfant – et qui serrait le vôtre. Aussi avais-je le délice d’imaginer que si vous étiez laides : c’était pour la pudeur de me cacher combien vous seriez belles.

LE THÉORÈME DU CLOCHARD : NOTES PRÉPARATOIRES (2)

 

« Le séjour en hôpital psychiatrique est à proscrire : trop destructeur. On ne l’utilisera qu’en dernier ressort, comme alternative à la clochardisation »
(Rester Vivant : Méthode)irlande_1-will-resized

 

J’aimerais léguer à la postérité l’ébauche d’un unique théorème. More geometrico. Pour rappel, un théorème : un énoncé reposant sur une démonstration rigoureuse. J’en fournis quelques notes préparatoires et non rigoureuses. More poetico. Je l’appelle assez coquettement le Théorème du clochard. Et je le dédie à ce mort-vivant de la littérature : Michel Houellebecq (pour son premier essai, réitéré d’ailleurs avec succès : Rester vivant). Mais je m’éloigne de mon sujet, à savoir : le Théorème du clochard.

  1. Freud était nul en maths. Et de son propre aveu. Écoutez, c’est assez savoureux : « Mes capacités ou mes talents sont très restreints. Zéro pour les  sciences naturelles, zéro en mathématiques ; zéro pour tout ce qui est quantitatif. Cependant le peu que je possède et qui se réduit à peu de choses a probablement été très intense.  » (Lettre à Marie Bonaparte de 1926). Freud était nul en maths. Soyez de mauvaise foi, vous êtes nul en maths, vous ferez sans doute partie de ceux qui, avec Darwin, Copernic et Freud, modifieront sans doute la face de l’homme. Et à défaut de vous humilier simplement, en ne sachant pas réciter vos tables de multiplication, vous humilierez l’homme, en lui montrant une nouvelle de ses limites.
  2. Sur quoi, je pense à l’objection (Romain) Gary-Kacew (celle de la Promesse de l’aube, suite au bulletin désastreux de Romanichou) : « Ils ne te comprennent pas, dit-elle. J’étais assez de son avis. L’obstination avec laquelle mes professeurs de sciences me donnaient des zéros me faisait l’effet d’une ignorance crasse de leur part. » Oui, c’est cela la défense ultime : l’objection Gary-Kacew : Mozart assassiné. Ninjinski amputé. Houellebecq chirurgié. Croyez fermement en la postérité : en gros, si vous êtes nul en maths, vous êtes sans doute un génie de la littérature. De toute manière, vous ne serez pas là, si le postérité vous donne tort. La confiance votre mère est votre plus bel atout dans cette carrière.
  3. Troisième élément : la stratégie Pessoa. Ou la tactique du comptable. Faites un boulot que vous trouvez merdique (qu’il le soit réellement ou non) : écrivez en secret. Draguez (en parallèle) une jeune femme pendant des années, bouillez de frustration, appelez là votre « petite fiancée » : écrivez ce qui vous turlupine. Enfin, sacrifiez-la sur l’autel de la littérature (en oubliant tout simplement que c’est surtout parce qu’elle n’a pas voulu de vous). Vous serez sans doute un génie toute votre mort. Mais vous aurez été un comptable toute votre vie. La frustration sexuelle est la clé.
  4. Maladie. Quatrième stratégie : Ayez un cancer, une cirrhose, un rhume, ou une maladie grave.  La tuberculose est actuellement moins répandue. Faites comme Fritz Zorn dans son roman sur le cancer, Mars, et écrivez dessus. Ayez beaucoup d’humour sur votre situation.
  5. Cinquième stratégie : celle du raté. Rengorgez vous en écoutant Cioran célébrant un ami mort : « Il avait réussi sa vie sur un plan transcendant, il pouvait se permettre de la rater selon l’ordre du monde« . Ne dites pas, je fais une thèse, et j’essaye d’écrire un roman, je pense être assez vite un chômeur. Dites  plutôt à  vos amis : « je réussis ma vie sur un plan transcendant » .
  6. Sixième technique : le suicide. Mais le suicide, pour citer Michel : ça ne vous permet plus d’écrire. Prenez le temps d’écrire un peu avant de mettre fin à vos jours. Il s’agit d’ailleurs de souffrir avec suffisamment de brio pour produire des chants douloureux, mêlé de larmes et de souffrances – mais de garder en même temps la force de ne pas se flinguer. Il n’y a que l’humour qui peut vous sauver. Si vous n’en avez pas, et si vous voulez quand même écrire, ou bien vous en crèverez, ou vous finirez par écrire des best-sellers.
  7. Formulation. Non, vous n’êtes pas maniaco-dépressif, vous êtes mélancolique.

En résumé, soyez malade, suicidaire, mélancolique, nul en maths, adulé par votre mère bien que fui par les femmes, comptable,  raté : vous serez le clochard chryséléphantin dont la littérature a toujours rêvé.

La littérature est une seconde chance, on peut rater sa vie, mais on peut raturer la littérature.

 

MOTS-D’OÙ : SYZYGIE, FOX-TROT, FAHRENHEIT (n°5, REPRISE)

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Mots doux (mai 2017, petit jeu avec C.)

J’aime : Syzygie – Fox-Trot – Fahrenheit.

Syzygie : mot découvert en septembre-octobre 2016, un peu avant de voir L., après avoir lu un article sur la Super Pleine Lune dûe à la conjonction des astres (syzygie, justement), que je venais de rencontrer quelques semaines auparavant à la Défense, utilisé pour la première fois au mois d’octobre en sa compagnie au café de l’Arobase.

Fox-Trot : mot employé à maintes reprise au cours d’un camp scout de surveillance des feux de forêt. Alphabet Alpha Bravo Charlie.

Fahrenheit : mot coloré par le souvenir du film de Truffaut et de Bradbury, dans le coffret que m’avait prêté N., en classe de première ou de terminale.

(APPENDICE DU) PETIT-BOURGEOIS MYTHOMANE (3)

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Il ne faut pas croire ce que disent les chansons, et que « la misère soit moins dure au soleil« . Il y a toujours la lassitude, la complaisance et le désarroi pour se prémunir des morsures lucides du soleil, ces huiles existentielles.

Cet ami avait pour daimon un minuscule Modiano dans son sac à dos qui le guidait moralement me dit-il, je lui dis que j’avais un méchant petit Houellebecq sur mon épaule qui me soufflait son haleine pleine d’alcool bon marché et des conseils sans doute moins avisés. Nos deux démons finirent par entamer une discussion difficile et surréaliste : l’un éructant, l’autre bégayant.

J’avais écrit une lettre à cette jeune fille, que je concluais en citant son film préféré : La maman et la putain de Jean Eustache. On a deux droit fondamentaux dans la vie nous dit Alexandre : le droit de s’en aller, ce que tu as fait, et le droit de se contredire, ce qui te reste a faire. Elle usa du troisième en ignorant ma lettre : le droit de s’en foutre.

 

FRAGMENTS DE VIE D’UN PETIT BOURGEOIS MYTHOMANE : MICHEL N’EST PAS NORMALIEN (2)

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Brouillon 2, 20 mai 2018.

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Michel n’est pas normalien. Et pourtant, Michel porte des lunettes rondes. Une écharpe rouge. Une moustache. Michel n’est pas normalien.

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« Il n’y a pas de rapport sexuel » dit Lacan. Michel travaille sur les impasses et les apories du discours amoureux. Ironie du sort ; Michel n’a pas d’amoureuse. Et pourtant, Michel a toujours été sexuellement attiré par les bac+6.

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Prof. Vacataire ; oui, Michel est un vacataire de la vie.

 

FRAGMENTS DE VIE D’UN PETIT-BOURGEOIS MYTHOMANE (1)

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Fragments autobiographiques de la main gauche. Planche 1, avril 2018.

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Il faut se rendre à l’évidence. Je suis un petit-bourgeois sans-couilles, nombriliste, mélancolique et mythomane. J’ai aussi des défauts, je ne vous le cache pas. Je n’espère d’ailleurs pas vous amadouer en brossant un portrait si flatteur.

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Mon nombril est précieux. C’est d’ailleurs l’unique chose que ma mère m’ait léguée avant de partir. Un petit fragment de peau, bouton foncé et capiton de chair, capricieux, plissé et rugueux, à hauteur d’estomac. Je me regarde aussi très souvent le nombril. Il y a des gens qui sont obsédés par leur sexe, je vise seulement un peu plus haut.

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On dit : animal post coitum triste. Il y a des gens qui sont tristes après avoir fait l’amour. Je suis pour ma part assez précoce en la matière. En effet, je suis triste avant et sans avoir besoin de le faire.